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Paris, le 2 novembre 2026

De la Malaisie au malaise qatari : le MotoGP en terrain miné

De la Malaisie au malaise qatari : le MotoGP en terrain miné

Marc Marquez semble avoir plié la saison MotoGP 2026 avec sa magistrale victoire à Sepang qui, combinée à la blessure de Jorge Martin, lui permet de viser le titre dès ce dimanche à Losail. Sauf que le GP du Qatar a du plomb dans l'aile : une majorité de pilotes s'y opposent et Yamaha ne courra pas. L'organisateur américain menace… et leur big boss à Washington aussi.

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À quoi bon analyser le Grand Prix de Malaisie 2026 ? Marc Marquez a démontré qu'il est de nouveau l'incontestable patron du MotoGP sur la piste de Sepang comme au championnat puisqu'il compte désormais 44 points d'avance sur son dauphin et prédécesseur, le champion 2024 Jorge Martin, forfait suite à sa douloureuse chute lors du Sprint australien.

Dès dimanche prochain, le n°93 espagnol pourrait ainsi décrocher son huitième titre en MotoGP… un de plus que son meilleur ennemi au n°46, nah ! Deux conditions à cela : marquer 30 points de plus que son compatriote sur l'Aprilia n°89 (ou plus vraisemblablement dans son canapé à panser son poignet) et 8 de plus que le n°72 italien (Marco Bezzecchi totalise 332 points). Sauf que…

Sauf que ce Grand Prix du Qatar qui pouvait être une fête, est devenu le sujet qui paralyse le paddock. Pour mémoire ou information, ce rendez-vous était initialement programmé en avril. Mais la guerre déclenchée le 28 février par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran l'a repoussé du 6 au 8 novembre, entraînant le décalage des GP du Portugal (22 novembre) et de Valence (29 novembre). Depuis, Téhéran a riposté en visant, entre autres, des pays du Golfe alliés de Washington. Dont le Qatar !

De la Malaisie au malaise qatari : le MotoGP en terrain miné

Certes, les États-Unis n'ont plus frappé l'Iran depuis le 1er septembre 2025, et Donald Trump a promis de s'en abstenir avant les élections de mi-mandat du mardi 3 novembre, qui conditionnent sa seconde moitié de second mandat. Mais trois responsables du Golfe cités par MS Now (ex-MS NBC) affirment que le "POTUS" a prévenu ses alliés de se tenir prêts à une campagne "brève mais intense" dès le 4 novembre, scénario également rapporté par le très sérieux Wall Street Journal.

L'Oncle Sam Donald a lui-même lancé hier en meeting : "nous allons devoir, à un moment, leur donner un coup de massue (…). Nous pouvons faire ça en dix minutes". Aucune certitude, comme toujours avec lui, et la voie diplomatique reste ouverte. Doha joue d'ailleurs les médiateurs, cumulant ainsi les rôles de table de négociation et de zone à risque...

De la Malaisie au malaise qatari : le MotoGP en terrain miné

L'Iran aurait en effet prévenu que toute nouvelle attaque serait suivie de représailles sur des cibles économiques et civiles de la région. Bien que le MotoGP ne constitue - a priori - pas une cible prioritaire, l'inquiétude des pilotes est palpable et compréhensible. Sans redouter un bombardement du circuit, on peut craindre la fermeture de l'espace aérien en cas de reprise des hostilités… à deux semaines des finales ibériques !

De la Malaisie au malaise, il n'y a qu'une lettre

Jeudi dernier (29 octobre), le résumé de la journée "média" publié sur le site officiel du MotoGP ne consacrait aucune ligne au Qatar. Pourtant, en plus du poignet fracturé de Jorge Martin, su retour de Joan Mir, des doigts de Raul Fernandez, des consignes d'équipes (Aprilia) ou de famille (Marquez !), la question du prochain GP a bien été abordée…

Marc Marquez a répondu en quatre mots : "on ne peut rien dire", avant d'être contraint de préciser : "quand je ne peux pas dire ce que je pense, je préfère me taire. Marco Bezzecchi s'en est remis à l'organisation, jugeant que ce n'était "pas une discussion à avoir là". Dans les coulisses, le ton était moins feutré.

De la Malaisie au malaise qatari : le MotoGP en terrain miné

Selon l'édition espagnole de Motorsport.com, Carmelo Ezpeleta, arrivé à Sepang le même jeudi, aurait rappelé aux équipes que l'absence d'un pilote à Doha se paierait en pénalités, à leur charge. Le lendemain soir, les pilotes se sont réunis pour en débattre… dans les bureaux de la communication de Yamaha, le championnat ayant refusé de mettre une salle à leur disposition. Ambiance.

Derrière le Qatar, c'est un malaise plus large qui saisit le paddock : l'arrivée de Liberty Media au guidon du MotoGP. Le groupe américain, qui a racheté l'Intercontinental Circus pour 4,2 milliards d'euros en 2024, a chamboulé le format des week-ends en appliquant certaines de ces recettes employées en F1. En 2027, le roulage sera amputé de 35 minutes, au profit de séances dédicaces, activités media ou jonglage ?!

De la Malaisie au malaise qatari : le MotoGP en terrain miné

Des confrères de MNC (les journalistes Lewis Duncan et Simon Patterson) signalent au passage que Liberty Media a versé quelques millions de dollars au Parti républicain lors des dernières élections américaines, dont deux millions en 2024. En cas d'escalade après le 3 novembre, un événement sportif détenu par une telle entreprise américaine pourrait donc, finalement, devenir une cible.

Le MotoGP n'est pas seul : Liberty Media gère aussi la F1 ! Ce championnat - remporté hier au Mexique par le jeune italien Kimi Antonelli, "bravissimo !" - prévoit toujours de boucler sa saison 2026 au Qatar (27-29 novembre) puis à Abu Dhabi (4-6 décembre). Selon l'AFP, leurs annulations coûteraient des dizaines de millions de dollars à leur promoteur. Gloups.

Des conditions acceptables au Qatar ?

Le Grand Prix moto du Qatar pourrait-il être supprimé ? Certains observateurs soulignent que le 25 octobre dernier, l'ultime GP d'Australie à Phillip Island a été annulé parce que la visibilité trop réduite aux alentours du circuit clouait l'hélicoptère médical au sol. Marc Marquez jugeait les conditions "acceptables" pour rouler à MotoGP, mais l'hélicoptère, lui, ne pouvait pas voler… La sécurité avant tout, non ? Non, pas forcément.

De la Malaisie au malaise qatari : le MotoGP en terrain miné

Aucun article du règlement MotoGP n'encadre la fenêtre de vol d'un missile. Les garanties avancées par les organisateurs reposeraient uniquement sur les engagements du gouvernement qatari : un plan d'évacuation de tout le paddock, une couverture financière en cas de fermeture de l'espace aérien et une assurance rapatriement… Rassurés, les saltimbanques sur deux-roues ?

Il y a quinze ans, le 23 octobre 2011, Marco Simoncelli perdait la vie à Sepang, justement. Ceux qui risquent leur peau à chaque sortie ne sont pas des poltrons. La semaine dernière à Phillip Island, un vote secret aurait toutefois vu une nette majorité de pilotes s'opposer au GP du Qatar. "Nous sommes 19 à ne pas vouloir y aller", a précisé Jack Miller, lui même opposé à ce déplacement potentiellement risqué.

De la Malaisie au malaise qatari : le MotoGP en terrain miné

Marc Marquez opte pour la discrétion, mais serait opposé comme Fabio Quartararo à la tenue de ce Grand Prix. Il compte arriver à Losail jeudi soir - et sauter la conférence de presse d'avant-course, bouh - et repartir au plus tôt après la course qui pourrait pourtant lui apporter un dixième et historique sacre mondial !

Son frère Alex (poleman et 3ème du Grand Prix à Sepang) feinte en annonçant son forfait pour une opération programmée à Madrid. Pedro Acosta (3ème du Sprint et 2ème du GP) file d'abord à Bali et surveillera l'avancement du dossier à distance. Marco Bezzecchi fait confiance à l'organisation…

De la Malaisie au malaise qatari : le MotoGP en terrain miné

Le champion 2022-2023 Francesco Bagnaia se tait sur le Qatar, mais plaide pour une association de pilotes : "on en reparlera au retour en Europe", donne rendez-vous l'actuel coéquipier de Marc Marquez chez Ducati et futur remplaçant de Jorge Martin chez Aprilia, la saison prochaine.

Johann Zarco navigue en solitaire - ou presque - et à contre-courant : "on y va, moi je ne suis pas inquiet", déclarait-il hier au micro de Canal+. Le doyen du MotoGP juge difficile de ne pas faire confiance au gouvernement qatari et note qu'une annulation exigerait un cas de force majeure. Il ne redoute finalement que d'être bloqué sur place.

Yamaha ne courra pas... de risque inutile ?

Parallèlement pourtant, un constructeur annonçait qu'il ne se rendra pas à Losail : après sa dernière évaluation de la situation au Moyen-Orient, Yamaha n'a "pas identifié de motifs suffisants pour modifier les restrictions de déplacement actuellement en vigueur à l’échelle de l’entreprise".

De la Malaisie au malaise qatari : le MotoGP en terrain miné

La firme aux trois diapasons précise que sa décision repose sur sa propre analyse des informations disponibles, indépendamment des mesures prises par MotoGP et par l'organisateur de l'épreuve, et assure rester "pleinement engagée envers le MotoGP et se réjouit de reprendre la compétition lors du Grand Prix du Portugal". Tout seul, en cas de blocus sur le Golfe ?!

Concrètement, Fabio Quartararo, Alex Rins, Jack Miller et Augusto Fernandez et leurs M1 V4 ne seront pas du voyage. L'équipe satellite Pramac enverra en revanche sa propre structure Moto2, son pilote de pointe Izan Guevara étant engagé dans la lutte pour le titre. Honda, Ducati, Aprilia et KTM ont confirmé leur présence.

De la Malaisie au malaise qatari : le MotoGP en terrain miné

Les promoteurs du MotoGP regrettent amèrement le choix de Yamaha : "Bien que nous reconnaissions que l’équipe soit soumise à une politique d’entreprise plus large restreignant les déplacements au Moyen-Orient, nous ne pensons pas que cette décision reflète les nombreuses garanties fournies à toutes les parties prenantes du championnat".

Liberty Media précise : "après consultation de l’État du Qatar, du circuit international de Lusail, de conseillers indépendants en matière de sécurité et dans le cadre de son propre processus continu d’évaluation des risques, MotoGP n’a reçu aucune information justifiant une modification des plans actuels pour l’événement", remerciant le reste du plateau pour leurs confiance et fidélité.

De la Malaisie au malaise qatari : le MotoGP en terrain miné

Des représailles sont envisagées à l'encontre des Bleus d'Iwata : "Outre les implications contractuelles de la décision de Yamaha concernant ses accords avec le MotoGP et l’IRTA, la non-participation de Yamaha a également des implications sportives, dont les conséquences seront gérées par la FIM conformément au règlement du championnat". La balle est donc dans le camp de la fédération qui régule le championnat… Affaire à suivre, sur MNC : restez connectés !

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