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INTERVIEW NUMBER ONE
Barcelone (Espagne), le 9 octobre 2015

Interview MNC : Jonathan Rea, champion du monde WSBK 2015

Interview MNC : Jonathan Rea, champion du monde WSBK 2015

Moto-Net.Com a profité de la présentation - statique, hélas... - de la Ninja ZX-10R 2016 pour interviewer Jonathan Rea, le pilote n°65 du team officiel Kawasaki, n°1 du World Superbike en 2015 et, surtout, homme le plus heureux du monde ! Entretien.

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Moto-Net.Com : Bonjour Jonathan. Tu n'as pas 30 ans (pas même 29) mais tu es champion du monde, tu as une jolie femme, un garçon trop mignon, un second bébé en route... Tu ne serais pas l'homme le plus heureux du monde ?
Jonathan Rea :
Oui, je le pense. J'ai atteint un formidable équilibre entre ma vie personnelle et ma vie sportive. Je crois que ma réussite cette année ne provient pas uniquement de mon passage chez KRT (Kawasaki Racing Team), mais aussi énormément du fait que je voyage avec ma famille, ce qui est très agréable. Cela permet de relativiser certaines choses, certains résultats, bons comme mauvais. Chaque matin lorsque je me lève, je réalise à quel point j'ai de la chance d'avoir cet équilibre.

MNC : Lors de la célébration de ton titre après la première manche à Jerez, tu as rendu hommage à deux pilotes nord-irlandais, Brian Reid et Joey Dunlop, en portant leurs - véritables ! - casques. Outre le titre de champion, qu'avez-vous en commun d'après toi ?
J. R. :
C'est très dur de répondre car ils roulaient il y a longtemps... Je n'ai pas grandi et évolué avec eux, mais étant originaire d'Irlande du Nord nous sommes tous animés d'une même envie de réussir. Nous venons d'un tout petit endroit, ce qui implique de nombreux et longs déplacements dès le plus jeune âge afin de s'imposer à l'extérieur. Il faut traverser des mers, faire beaucoup de kilomètres... Cela nous rend peut-être un peu plus déterminés que les autres. Mais je n'en suis pas certain, car ils sont bien plus vieux que moi, c'était une autre époque.

MNC : La saison 2015 a été dominée par des pilotes britanniques. Qu'est-ce qui vous rend si rapides ? Le Superbike britannique ?
J. R. :
Oui, le BSB, dans les années 2006-2009, a vu éclore de nombreux talents. Leon Camier, Leon Haslam, Tom Sykes, moi-même, Chaz Davies... quoique non, Davies est passé par le MotoGP. Mais Cal Crutchlow, Eugene Laverty... Nous sommes tous à peu près sortis de la même promotion. Une promo qui était très compétitive et qui court aujourd'hui au niveau mondial. C'est la parfaite démonstration du haut niveau du British Superbike. Nous avons de la chance de l'avoir.

MNC : En 2012, tu avais remplacé Stoner à deux reprises en MotoGP. Tes résultats avaient été très corrects (8ème à Misano et 7ème à Aragon). Pourquoi le HRC ne t'a pas embauché ?
J. R. :
(Sourire) Je ne sais pas... Demandez-leur !

MNC : Comme toi avant cette année, Van den Mark est un pilote qui a fait toutes ses classes avec Honda. Lui aussi vise le MotoGP... Ne devrait-il pas passer en Moto2 plutôt que rouler sur la Fireblade en WSBK ?
J. R. :
C'est dur à dire... Tout dépend de son plan de carrière. Personnellement, j'ai trouvé une agréable stabilité en World Superbike. Il n'est déjà plus tout jeune, il a dans les 24 ans (22 ans le 26 octobre prochain, NDLR). Il faudrait qu'il apprenne beaucoup de chose, rapidement, pour être compétitif en MotoGP. Il deviendrait peut-être trop âgé. Je l'ai déjà dit par le passé, c'est un très bon pilote. Il est certain qu'il serait rapide en GP, il mériterait du bon matériel. Mais en aura-t-il l'opportunité ? Et que veut-il vraiment ?

MNC : On t'a vu féliciter Jacobsen lors de sa première victoire à Sepang. Lui donnes-tu des petites astuces, des conseils pratiques ?
J. R. :
Non, pas vraiment. Je m'entends très bien avec son chef d'équipe Andrew Pitt (champion du monde Supersport en 2001 et 2008, NDLR), je suis donc allé les féliciter tous les deux. J'ai passé un peu de temps cet été avec PJ, c'est un bon gars et ça me fait plaisir de le voir réussir. Mais je suis avant tout fan des grands talents. J'ai de bonnes relations avec Sofuoglu par exemple, et j'aime aussi passer lui dire "bien joué" quand il termine une belle course. On regarde toutes les courses Supersport car nous sommes alors dans le garage, entre nos deux manches. C'est facile pour nous de faire un petit coucou.

MNC : En parlant de Sofuoglu justement, tu as posé avec lui pour la photo des champions 2015. Or il était accompagné de son poulain Toprak Razgatlioglu, titré en Superstock 600. Tu n'as pas envie de prendre un nord-irlandais sous ton aile, ou plutôt d'entraîner ton propre petit "Ninja" ?
J. R. :
Il se trouve que je travaille avec un jeune britannique, Kyle Ride. Il a eu droit à une wildcard à Donington Park et a terminé troisième. On essaie de lui trouver un team en championnat du monde l'an prochain.

MNC : Tu es son agent en quelque sorte ?
J. R. :
(Sourire) Je ne sais pas si c'est le bon terme car je ne gagne pas d'argent, je ne lui réclame pas de pourcentage ! Je l'aide, je le conseille. Je suis un peu son mentor si tu préfères. Je vais le surveiller de plus près l'année prochaine, pour qu'il exploite tout son potentiel.

MNC : Tu connais déjà son programme 2016 ?
J. R. :
Il devrait passer du Supersport britannique au Supersport mondial, au sein d'un team très performant, mais ce n'est pas encore finalisé. Il faut attendre encore un peu.

MNC : Et toi, quels pilotes t'ont spécialement inspiré étant jeune ?
J. R. :
Kevin Schwantz. Parce qu'il a accompli des choses incroyables au guidon d'une Suzuki, qui n'était probablement pas la meilleure moto à l'époque. Il a piloté malgré des blessures, avec une détermination sans faille... Oui c'est sûr, Schwantz était mon idole.

MNC : On a vu une vidéo de toi cet été en compagnie de Jeremy McGrath ? Tu l'appréciais beaucoup aussi, non ?
J. R. :
Durant ma jeunesse, c'était mon héros car j'ai débuté par le motocross. Je l'ai toujours admiré pour ses titres en Supercross.

MNC : Conseilles-tu aux jeunes de débuter par le MX et de passer ensuite à la piste ? Ou doivent-ils commencer le plus tôt possible sur circuit de vitesse ?
J. R. :
Je pense que commencer par le tout-terrain te donne une très bonne compréhension de la moto, de tous ses mouvements. Prendre des cours de motocross permet d'acquérir des compétences très utiles pour devenir pilote.

MNC : Tu as passé six saisons sur la Fireblade, à attendre qu'elle change. Cette année tu passes chez Kawasaki, tu remportes le championnat... et la Ninja 2016 évolue ! Tu n'as pas peur de rompre le subtil équilibre trouvé en 2015 ?
J. R. :
Non parce que le monde change, et il faut changer avec lui. Et puis, je sens que le modèle 2016 est une très bonne évolution qui va nous permettre de corriger nos faiblesses. Forcément, les essais hivernaux s'annoncent difficiles car nous allons avoir des tas de nouvelles choses à essayer, nous allons devoir trouver le juste équilibre sur la moto. Mais nous devrions rester forts l'an prochain.

MNC : L'hiver dernier, tu as pris la place de Loris Baz. C'est un pilote particulièrement grand, or tu ne l'es pas. Est-ce que votre chef d'équipe, Pere Riba, a mis toutes ses données 2014 à la poubelle ?
J. R. :
Oui et non. On a des pilotages différents, mais en même temps, mon pilotage est plus proche de celui de Baz que celui de Sykes. Nous savions beaucoup de choses sur la moto grâce à leur précédent développement, mais les comparaisons étaient très difficiles. La position de conduite n'avait rien à voir, il était bien plus sur l'avant. La moto n'avait pas la même assiette ni la même distribution de poids. Et j'utilise beaucoup moins le contrôle de traction que lui également. Voilà les grandes différences.

MNC : Est-ce que le fait de ne pas abuser du contrôle de traction t'aide à économiser les pneus et à mieux terminer les courses ?
J. R. :
Oui, je gère bien plus la moto avec ma propre main. Surtout à l'ouverture des gaz. Je ne tape pas dans mon pneu arrière autant que d'autres pilotes.

MNC : Dirais-tu qu'il a été plus dur de remporter ton premier titre WSBK cinq courses avant la fin avec une Ninja que de terminer troisième du championnat WSBK avec une CBR ?
J. R. :
Non, je dirais que l'année dernière a été plus dure, honnêtement ! (rires) Oui, parce que le matériel que m'a confié Kawasaki cette année était incroyable. La stratégie employée l'hiver dernier par Pere Riba et l'équipe pour me mettre à l'aise sur la moto, m'offrir le bon package, cette stratégie a été très bonne. On a pu capitaliser lors des premières courses, obtenir de très bons résultats dès le début et poursuivre ainsi toute l'année.

MNC : Le lendemain de ton sacre, tu remerciais tout spécialement vos ingénieurs "électronique" Paolo et Danilo, d'après toi les meilleurs du monde dans leur spécialité. Ils restent dans le team l'an prochain ?
J. R. :
Danilo travaille avec Tom et ils bossent très bien tous les deux. Paolo reste avec moi l'an prochain. Tous deux arrivent à rendre la moto particulièrement gérable. Nous sommes entre de très bonnes mains d'un point de vue électronique.

MNC : Pourrais-tu nous donner une définition de ton Team 65 ?
J. R. :
C'est moi bien sûr, mes mécanos, mes fans, ma famille, tous ceux qui nous soutiennent. Je pense que Team 65 me rend fort. Il ne faut pas oublier la moto aussi.

MNC : Ton équipe colle souvent un message sur ton tableau de bord. Le dernier de la saison sera-t-il "#PointsRecord" ?
J. R. :
Oui, il se peut que nous affichions un hashtag de la sorte... Je peux effectivement battre le record de points inscrit en une saison WSBK car en 2002, Colin Edwards avait marqué 552 points. J'en suis à 528 et il reste deux manches à courir au Qatar... Nous verrons bien !

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