
Le Grand Prix du Brésil 2026 restera dans les annales du sport moto comme la plus navrante démonstration de la priorité donnée à l'argent sur la sécurité. Le circuit de Goiânia n'était pas en état de recevoir une course MotoGP, n'en déplaise au prometteur et à la FIM.
L'affiche était pourtant belle : le Brésil réintègre les Grands Prix moto après deux décennies d'absence (le dernier s'est déroulé à Jacarepagua en 2004), et plusieurs projets de retour avortés. Avec deux pilotes d'ascendance brésilienne en MotoGP - Moreira et Morbidelli -, ce GP du Brésil 2026 s'annonçait comme une sacrée fiesta pour les nombreux supporters d'Amérique du sud !
Hélas, la fête est ternie par de graves problèmes structurels liés au circuit même où le Continental Circus s'est réuni pour cette deuxième manche : le tracé Autódromo Internacional Ayrton Senna de Goiânia. Cette piste ouverte en 1974, à 200 km de Brasilia, n'était tout simplement pas prête à accueillir dignement une manche de championnat du monde. A plus forte raison des prototypes capables d'atteindre 350 km/h dans sa ligne droite de 994 m !
Bitume douteux, problèmes de drainage, évacuations des eaux pluviales sous-dimensionnées, asphalte en décomposition… Sans parler du trou béant, façon chausse-trappe de Satanas et Diabolo, qui est apparu dans la ligne droite ! Les travaux achevés tout juste à temps pour obtenir l'homologation FIM (Fédération internationale de motocyclisme) sont, de toute évidence, loin des standards de sécurité et de qualité du MotoGP.
Tout a (mal) commencé la semaine précédente : de fortes précipitations se sont abattues dans l'État de Goias lundi et mardi, entraînant d'importantes inondations et coulées de boue sur le circuit. Le premier et le dernier virage se sont retrouvés immergés, tout comme la voie d'accès aux stands et le tunnel menant aux paddocks.

Les premières équipes MotoGP arrivées sur place ont découvert une véritable zone de chantier, maculée de terre rouge, avec des ouvriers - et des prisonniers en jaune ci-dessus - affairés à évacuer l'eau et la terre. Surprise et inquiétude sont alors remontées jusqu'à l'organisateur des Grands Prix, le groupe MotoGP Sports Entertainment (ex-Dorna Sports)...
Les pilotes, eux, s'aperçoivent que la piste semble avoir du mal à absorber toute cette eau excédentaire : les flaques d'eau persistent en surface même après 24 heures de soleil et de températures élevées (35°C au sol pendant la première séance d'essais vendredi matin). Et pourtant le circuit a été récemment rénové, tout comme les dispositifs de drainage…

Cet épisode - premier d'une série qui va se poursuivre jusqu'à dimanche - aura des conséquences sur la suite, puisque les dégradations de l'état de la piste ont un lien certain avec ces intempéries. A ce stade, certains pointeront le manque de chance : les organisateurs ne pouvaient pas anticiper un tel déluge.
En réalité, si. La saison des pluies dans cette zone centre-est du Brésil (hémisphère sud) s'étend d'octobre à avril, avec des pics de précipitations réguliers sur les mois de décembre, janvier, février et… mars. Autrement dit : prévoir un Grand Prix dans cette région du 20 au 22 mars exposait inévitablement à un risque élevé de pluies abondantes.
L'alternance de ces fortes pluies contraint ensuite à décaler puis à raccourcir les essais du vendredi, sans toutefois porter atteinte au bon déroulement du programme, ni - surtout - sans affecter la sécurité des pilotes. C'est à partir de samedi matin que les choses commencent à sérieusement dérailler…

Plusieurs pilotes signalent l'apparition d'un creux dans la ligne droite principale, heureusement hors trajectoire. Ce creux s'est transformé en trou, d'environ un mètre de profondeur, aux formes parfaitement rectangulaires. Ce trou béant met le programme sur pause, puis entraîne le report de la course Sprint MotoGP et des qualifications Moto3 et Moto2.
"En raison de la forte pluie récemment tombée dans la région, un problème sur la surface de la piste est apparu dans la ligne droite principale sur l'Autodromo Internacional de Goiânia - Ayrton Senna", commente, sans plus de détails, le promoteur du MotoGP. "La FIM et le MotoGP, ainsi que le promoteur local, travaillent pour remédier à ce problème dès que possible".

Ce trou correspond à un "ancien système d'égouts nion répertorié sous la surface", révélera ensuite la FIM. D'où son format en forme de fosse. Son apparition serait causée par l'affaissement du bitume, lui-même consécutif à des mouvements de terrain liés aux intempéries des derniers jours. L'organisateur dépêche de nouveau des ouvriers pour reboucher le trou, et roulez jeunesse : le Sprint est lancé à peine une heure et demie plus tard.
Sans tests préalables en conditions réelles - soit avec les vingt-deux MotoGP en piste - pour s'assurer de la solidité de cette réparation, pas plus que d'inspections poussées des 3835 m du circuit. MNC salue le mental des pilotes qui ont roulé sur un bitume potentiellement susceptible de s'ouvrir sous leurs jantes en carbone !
A ce tableau déjà préoccupant s'ajoute une forte dégradation du bitume entre les virages 11 et 12. L'asphalte est parti en morceaux après le passage des Moto3 et Moto2, juste avant la course MotoGP. Là encore, improvisation et amateurisme se sont succédés lors d'une séquence lunaire, durant laquelle la direction de course a décidé de raccourcir la course de 31 à 23 tours à seulement quelques minutes du départ.

Dans un premier temps, aucune information n'est venue justifier cette décision qui a pris de court tous les participants. Y compris Michelin, vers qui les regards s'étaient tournés initialement en pensant, à tort, que ce raccourcissement était lié à un problème avec les gommes françaises. Que nenni, se défend Bibendum !
"Dimanche, une dégradation localisée de l’asphalte, causée par la chaleur intense et l’activité en piste, est devenue apparente après la conclusion du Grand Prix Moto2", détaille la Fédération internationale de motocyclisme après avoir mené l'enquête.
La zone abîmée en question a été nettoyée, mais le temps manquait pour la réparer convenablement. Pas grave : the show must go on, et la course principale MotoGP est lancée en toutes connaissances de cause sur la dégradation de cette section.

"Malgré l’élimination de tout l’excès de granulats avant le Grand Prix MotoGP, un léger risque de détérioration continue de la surface pendant la course MotoGP subsistait", reconnaît la FIM. Raison pour laquelle la durée de la course a été ramenée à "75%" de sa longueur. Une mesure visant à limiter l'exposition aux risques, à défaut de l'écarter totalement.
Sans surprise, plusieurs d'entre-eux sont frappés par des débris de bitume en suivant leurs adversaires de trop près : Jorge Martin, Alex Marquez ou encore Alex Rins, qui portent les stigmates de ces projections. Le cadet des frères Marquez, touché au bras, dénonce des "conditions inacceptables" et des projections dignes d'une session "en motocross"…
Au regard des problèmes survenus sur la piste brésilienne, le moins que l'on puisse dire est que le circuit Goiânia n'était pas en mesure d'accueillir le MotoGP dans des conditions sécurisées. Mais cette situation est-elle réellement étonnante ? Rappelons que la construction de circuit remonte à plus de 50 ans et qu'il a été menacé de démolition en 2011.

Sa rénovation complète, en 2014, l'a relancé avant que des fonds importants soient débloqués dix ans plus tard pour réaliser des travaux en prévision du retour des Grands Prix moto (les GP500 y ont couru de 1987 à 1989). Mais ces travaux étaient à peine terminés la semaine précédant les courses, comme Moto-Net.Com l'avait signalé dans son preview du GP du Brésil.
D'autre part, lorsqu'un trou béant se forme en pleine ligne droite - signe évident d'une faiblesse structurelle -, se contenter d'y balancer quelques brouettes de ciment et de recouvrir le tout de goudron paraît pour le moins discutable, voire franchement contestable. N'oublions pas que chaque MotoGP balance plus de 300 ch à la roue arrière !
Comment expliquer une telle légèreté dans le traitement de ces problèmes répétés, ainsi que le silence observé par les organisateurs au moment où ils se sont produits ? Est-il acceptable qu'un pilote soit averti moins de cinq minutes avant le départ que sa course est raccourcie de huit tours, comme dans le cas de Fabio Quartararo. Et ce, sans autre explication ?
Enfin, on peut s'interroger sur le sens des priorités des nouveaux propriétaires du MotoGP - Liberty Media - qui tolère cette succession d'événements aussi nuisibles à la sécurité qu'à la réputation de son championnat. Cette course MotoGP au Brésil renvoie une image consternante, quelles que soient les explications et excuses évoquées. De quoi écliper, c'est regrettable, la nouvelle démonstration d'Aprilia et son doublé "Bezzecchi-Martin".

Difficile aussi de ne pas faire un parallèle avec la récente décision prise par le groupe américain de remplacer le splendide circuit de Phillip Island (Australie) dès 2027 par la piste urbaine d'Adélaïde en plaçant justement la sécurité des pilotes au premier plan. Le "jardin de Casey Stoner" n'a plus sa place en MotoGP, alors que les portes sont grandes ouvertes à un tracé qui prend - littéralement - l'eau comme Goiânia !
La raison de ces choix qui apparaissent de nouveau discutables ? La Fédération internationale de motocyclisme apporte la réponse dans le dernier paragraphe de son communiqué émis après le GP du Brésil…
"Les problèmes rencontrés au Brésil ont été reconnus par le promoteur et le circuit (heureusement, NDLR !) et seront rectifiés avant le retour du MotoGP la saison prochaine", énonce la FIM, sans adresser le moindre avertissement à l'encontre des organisateurs. Comme si les travaux en question ne nécessitaient que trois coups de pelle et un pot de peinture !

"Le Grand Prix du Brésil a accueilli 148 384 fans à l’Autódromo Internacional de Goiânia - Ayrton Senna, démontrant à la fois le fort attrait du MotoGP au Brésil et les opportunités de croissance mondiale pour la discipline", comptabilise la Fédération internationale en se frottant les mains devant cette nouvelle manne.
Difficile de ne pas en conclure que ces fameuses "opportunités de croissance" sont, pour certains, plus importantes que l'intégrité du sport et de ses pratiquants…
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Plateau : Les pilotes et leurs motos 2026
01 mars : GP de Thaïlande
22 mars : GP du Brésil
29 mars : GP des Amériques
26 avril : GP d'Espagne
10 mai : GP de France
17 mai : GP de Catalogne
31 mai : GP d'Italie
07 juin : GP de Hongrie
21 juin : GP de République Tchèque
28 juin : GP des Pays-Bas
12 juillet : GP d'Allemagne
09 août : GP de Grande-Bretagne
30 août : GP d'Aragon
13 septembre : GP de Saint-Marin
20 septembre : GP d'Autriche
04 octobre : GP du Japon
11 octobre : GP d'Indonésie
25 octobre : GP d'Australie
01 novembre : GP de Malaisie
08 novembre : GP du Qatar
22 novembre : GP du Portugal
29 novembre : GP de Valence
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